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South Park saison par saison : le classement définitif (et discutable)

South Park saison par saison : le classement définitif (et discutable)

Classer les saisons de South Park est un exercice périlleux, et je le sais d'autant mieux que je m'y risque après avoir vu, revu et re-revu l'intégralité de la série depuis ses débuts. Périlleux d'abord parce que la série de Trey Parker et Matt Stone s'étend désormais sur plus d'un quart de siècle et vingt-sept saisons, un monument d'une longévité presque absurde pour une œuvre aussi corrosive. Périlleux ensuite parce que, comme on le répète souvent sur inout, chaque fan porte en lui son propre South Park : celui qui a découvert la série avec les épisodes scatologiques des débuts ne la juge pas comme celui qui est arrivé à l'ère des saisons sérialisées, et encore moins comme celui qui l'a prise en route pendant les années Tegridy Farms.

Alors posons les règles du jeu avant de dégainer. Mon classement repose sur trois critères que j'assume : la densité d'épisodes cultes par saison, la pertinence de la satire au moment de sa diffusion et sa capacité à vieillir, et enfin ce facteur impalpable qu'est l'équilibre entre la méchanceté et le cœur, cette alchimie que la série réussit à ses sommets. Le sous-titre de cet article dit « définitif et discutable », et c'est exactement l'esprit : je vous livre mes verdicts avec l'aplomb du fanatique, en sachant pertinemment que vous hurlerez devant certains choix. C'est le but. South Park est une série qui se dispute autant qu'elle se regarde, et les commentaires sont ouverts pour régler nos comptes.

Le sommet : l'âge d'or intouchable des saisons 5 à 11

Commençons par ce qui fait consensus, ou presque, chez les fans de longue date : le cœur des années 2000 constitue l'Everest de la série, cette période bénie où South Park avait trouvé sa formule sans encore la mécaniser.

Tout en haut de ma pyramide trône la saison 8. Oui, devant tout le monde. C'est la saison de l'équilibre parfait : la parodie d'anime avec les enfants en ninjas, Cartman déguisé en robot dans l'inoubliable épisode AWESOM-O, la satire électorale restée tristement éternelle sur le choix entre deux candidats également désespérants, et ce sommet de noirceur festive qu'est le conte de Noël des créatures de la forêt, peut-être la demi-heure la plus géniale et dérangée de toute la série. Aucun épisode faible, une variété de tons stupéfiante : c'est South Park à son zénith.

Juste derrière, je place la saison 10 et la saison 6, qui pourraient échanger leurs places selon mon humeur du jour. La 10 aligne l'épisode World of Warcraft, triomphe technique et déclaration d'amour moqueuse à la culture geek, et le diptyque sur la censure qui reste l'un des gestes les plus courageux de la télévision américaine. La 6, elle, est la saison de la mécanique comique parfaite, celle où la mort provisoire d'un personnage principal libère des dynamiques nouvelles et où presque chaque épisode est devenu un classique de rediffusion.

Pour compléter ce panthéon, voici mon top définitif-et-discutable, dans l'ordre :

  1. Saison 8 : l'équilibre absolu entre absurde, satire et audace formelle.
  2. Saison 10 : les épisodes-événements, entre jeu vidéo et liberté d'expression.
  3. Saison 6 : la machine comique la mieux huilée de l'histoire de la série.
  4. Saison 11 : Imaginationland en trilogie couronnée, et des satires sociales parmi les plus fines.
  5. Saison 5 : la naissance du Cartman monstrueux dans l'épisode de vengeance le plus célèbre de la télévision animée.
  6. Saison 7 : la maturité satirique, des sectes aux paradoxes du politiquement correct.

Si vous découvrez la série aujourd'hui et que vous ne savez pas par où commencer, la réponse tient en une phrase : n'importe où entre la saison 5 et la saison 11. C'est là que South Park a redéfini ce que l'animation adulte pouvait dire, et à quelle vitesse.

Le ventre solide : fondations, montée en puissance et expérimentations

Sous le panthéon s'étend un vaste plateau de saisons excellentes à très bonnes, qui feraient la gloire de n'importe quelle autre série, et que je regroupe en trois familles.

La première famille, ce sont les fondations : les saisons 1 à 4. Je vais être honnête, et tant pis pour la nostalgie, les deux premières saisons ont vieilli. Le trait est grossier, le rythme hésitant, l'humour repose davantage sur le choc que sur la satire. Mais elles restent historiquement indispensables, et la saison 3, puis surtout la saison 4, montrent la série en pleine mue : les intrigues se complexifient, la ville de South Park devient un microcosme de l'Amérique, et l'on sent Parker et Stone comprendre épisode après épisode la puissance de leur outil, cette capacité unique à produire vite pour commenter l'actualité à chaud.

La deuxième famille, ce sont les saisons 9, 12, 13, 14 et 15 : la haute plaine post-âge d'or. On y trouve des sommets absolus, la satire de la Scientologie qui provoqua un départ retentissant au casting, la parodie de la crise financière récompensée aux Emmy, et ce moment de bascule bouleversant de la saison 15 où la série s'offre une crise existentielle en milieu de saison, l'épisode le plus mélancolique et le plus personnel jamais produit. Ces saisons alternent le génial et le simplement bon, mais leur moyenne reste remarquablement haute.

La troisième famille est la plus fascinante à réévaluer aujourd'hui : les saisons de l'expérimentation sérialisée, 18, 19 et 20. Lorsque la série abandonne les épisodes autonomes pour des arcs continus, elle divise brutalement les fans. Avec le recul, je défends bec et ongles la saison 19, celle du principal ultra-progressiste et de la publicité devenue intelligente, qui est à mes yeux la dernière grande saison conceptuelle, une satire cohérente et visionnaire de notre époque. La 18 est un brouillon sympathique de cette formule ; la 20, plombée par une actualité électorale qui déjoua ses plans en cours de diffusion, reste l'expérience la plus bancale mais aussi la plus instructive sur les limites du direct satirique.

Le bas du classement : les années d'errance et la question du rebond

Et nous voilà dans la zone qui fâche, celle dont on parle entre fans avec un mélange de tendresse et d'exaspération : le bas du tableau. Précisons d'emblée qu'un mauvais South Park reste au-dessus de bien des comédies, mais entre nous, on ne va pas se mentir.

Mon bonnet d'âne va aux saisons 23 et 24. La 23 pousse le gimmick de la ferme Tegridy jusqu'à l'usure complète : ce qui était une trouvaille drôle une saison plus tôt devient un carcan qui étouffe les enfants, le cœur historique de la série, au profit d'un Randy omniprésent et de plus en plus mécanique. La 24, réduite à des épisodes spéciaux pandémiques, souffre de son format : des satires d'actualité étirées qui perdent le rythme mitraillette faisant le sel de la série. Les saisons 21 et 22 les précèdent de peu dans mon estime, coincées dans un entre-deux post-sérialisation, tandis que les saisons 25 et 26, courtes, alternent réussites ponctuelles et pilotage automatique.

Pour les amateurs de listes, voici donc le fond de mon classement, du moins pire au plus discutable :

  • Saisons 16-17 : l'essoufflement élégant, avec encore de vrais éclats mais une formule qui tourne.
  • Saisons 21-22 : l'entre-deux, ni le courage de la sérialisation ni la liberté des grandes heures.
  • Saisons 25-26 : les saisons éclair, trop courtes pour construire, sauvées par quelques épisodes.
  • Saison 24 : les spéciaux pandémie, une expérience de format qui montre ses limites.
  • Saison 23 : les années Tegridy à plein régime, mon point bas assumé.

Reste la question qui anime toutes les discussions de fans en ce moment : celle du rebond. Car la saison 27, diffusée dans le sillage du nouvel accord de diffusion de la série, a créé l'événement comme South Park ne l'avait plus fait depuis des années : audiences en fusion, polémiques hebdomadaires, et une férocité satirique retrouvée face à l'actualité politique américaine qu'elle croque avec un culot que beaucoup croyaient perdu. Est-ce le début d'un second âge d'or ou un feu de paille dopé par la controverse ? Je me donne encore une saison pour trancher, mais je la classe déjà, provisoirement, aux portes du ventre solide, et c'est la meilleure nouvelle que ce classement m'ait permis d'écrire.

Voilà pour mon verdict, définitif jusqu'à votre premier commentaire. Le miracle de South Park, au fond, c'est qu'après plus de vingt-cinq ans on se dispute encore pour hiérarchiser ses saisons comme on se disputerait sur des millésimes : preuve que la série vit, dérange et compte toujours. Alors à vous de jouer : défendez votre saison 20, réhabilitez Tegridy si le cœur vous en dit, et surtout, ressortez les DVD de la saison 8. Vous verrez : le sommet n'a pas bougé.